Une première à relativiser

 

L’annonce a été faite la semaine dernière : une greffe de cellules cardiaques dérivées de cellules souches embryonnaires a été réalisée à Paris il y a trois mois sur une patiente atteinte d’insuffisance cardiaque sévère.

Le Pr Philippe Hénon, directeur de l’Institut de recherche en hématologie et transplantation (IRHT) à Mulhouse, travaille depuis plusieurs années sur la réparation du muscle cardiaque par la greffe de cellules souches isolées à partir de sang des patients. Il explique en quoi l’essai du Pr Menasché et de son équipe est à la fois une première et… pas une première.

 

« Le Pr Menasché a été un des premiers à tenter la thérapie cellulaire pour réparer le muscle cardiaque après un infarctus. Au début, il a utilisé des cellules souches de muscles ou myoblastes prélevés dans la cuisse qu’il réinjectait dans la zone lésée du cœur », expose-t-il. Les résultats ne sont pas probants : plus d’un tiers des patients présentent alors des troubles sévères du rythme cardiaque. Car les cellules du muscle squelettique ne se contractent pas au même rythme que les cellules du muscle cardiaque.

 

Le chirurgien abandonne alors l’idée d’utiliser des cellules souches adultes et se tourne vers les cellules souches embryonnaires, qu’il fait se différencier en cellules cardiaques in vitro. « Le problème est que cette différenciation de marche pas à tous les coups, reprend le Pr Hénon. Et on ne peut pas injecter directement les cellules souches embryonnaires dans le cœur car l’expérience a montré qu’elles pouvaient provoquer l’apparition de cancers. » D’où l’idée du cardiologue parisien de ne pas injecter les cellules, mais de les appliquer, après les avoir « accrochées » sur un support gélifié qui est ensuite posé comme un emplâtre, sur la paroi cardiaque. Là est l’innovation de la méthode. « Il espère ainsi que des substances sécrétées par ces cellules vont stimuler les cellules du cœur à se multiplier pour venir recouvrir et réparer la zone lésées par l’infarctus », poursuit le directeur de l’IRHT.

 

Technique très lourde

 

Mais la technique est lourde : il faut ouvrir le thorax, faire un pontage coronarien, « qui biaise le résultat », donner un traitement immunosuppresseur pour éviter le rejet du patch et implanter un défibrillateur pour pallier toute anomalie induite du rythme cardiaque. « Cliniquement, cette technique est inapplicable car trop lourde et trop coûteuse », souligne Philippe Hénon.

 

Lui-même poursuit ses études sur la réparation du cœur par des cellules souches isolées à partir du sang des patients et se prépare à conduire un essai franco-anglais sur 44 patients au courant du deuxième semestre 2015, s’il obtient l’autorisation de l’Agence européenne de médecine attendue début février. « 33 patients recevront leurs propres cellules souches après multiplication et les autres recevront les soins habituels après un infarctus du myocarde. »

 

Geneviève DAUNE-ANGLARD – L’Alsace

24 janvier 2015