La start-up alsacienne CellProthera a mis au point un automate pour développer des greffons de cellules souches sanguines. D’ici la fin de l’année, 44 patients seront greffés./Photo CellProthera/Serge Nied

Pour la première fois au monde des patients ont reçu une injection de cellules souches sanguines réparatrices dans leur cœur après un infarctus. Trois d’entre eux ont été greffés au CHU de Toulouse.

Ils sont aujourd’hui cinq. Cinq patients à avoir reçu, dans leur cœur battant, une injection de cellules souches sanguines CD34 pour réparer leur myocarde endommagé par un infarctus sévère. Trois d’entre eux, les premiers au monde, ont été greffés à Toulouse, au CHU Rangueil où se déroule le plus gros programme européen de thérapies cellulaires dans les pathologies cardiaques.

Pour l’étude «Excellent», les hôpitaux de Toulouse, Montpellier, Bordeaux, Grenoble, l’hôpital privé Jacques Cartier de Massy, ainsi que deux centres en Grande-Bretagne (Leeds, Edimbourg) auront recruté 44 patients d’ici la fin de l’année 2017. À l’issue de la phase II de cet essai thérapeutique, la start-up mulhousienne CellProthera espère produire de façon standardisée et «industrielle» ses ProtheraCytes®, greffons de cellules souches sanguines autologues développés après une simple prise de sang grâce à un automate qu’elle a conçu et installé pour la France à l’EFS (Etablissement français du sang) de Nantes.

«C’est la première fois que nous injectons, trois semaines après un infarctus du myocarde, des cellules CD34 multipliées par une mise en culture de 9 jours. Les patients vont bien, ils ont récupéré de la fonction cardiaque, mais nous attendons des éléments de comparaison pour tirer des conclusions», glisse le professeur Jérôme Roncalli, cardiologue au CHU Rangueil et coordonnateur principal de l’étude. Lors de l’essai pilote (2002-2007), le Pr Philippe Hénon, président et directeur scientifique de CellProthera avait déjà démontré les bons résultats obtenus lors de l’injection des cellules CD34. Une amélioration progressive de la fonction cardiaque avait été observée dès le troisième mois, pouvant aller, chez certains patients greffés, jusqu’à 73 % de mieux dans la fraction d’éjection après quatre ans.

«Avec cette biotechnologie, nous essayons de réparer les tissus pour que le cœur récupère une contractilité suffisante et que la maladie n’évolue pas vers l’insuffisance cardiaque. Le but est de compléter la prise en charge classique des pathologies cardiaques pour permettre, à terme, de limiter le nombre de médicaments, d’hospitalisations, éviter les transplantations et l’utilisation de défibrillateurs automatiques implantables», résume le médecin qui espère la mise en place d’une étude à plus grande échelle, au niveau international.

Selon les estimations, 1 million de patients rien qu’en Europe, aux USA et au Japon, pourraient être éligibles chaque année à ce traitement révolutionnaire.

l’étude de phase III prévoit d’inclure 150 patients et se déroulera en Europe, aux USA et au Canada


Repères

Deux autres études pour contrer l’insuffisance cardiaque

Le CHU de Toulouse Rangueil coordonne trois études avec le Centre d’investigation clinique biothérapies, toutes basées sur des injections de cellules dans le cœur. Outre «Excellent», l’étude MESAMI a inclu ses trois premiers patients en phase II. Elle en attend 90, porteurs de signes d’insuffisance cardiaque et dont les artères coronaires sont bouchées ou réparées. Des cellules mésenchymateuses, issues de la moelle osseuse puis mises en culture, sont injectées dans les zones encore viables du cœur pour le réparer et éviter ou retarder la transplantation. La technique a été inventée à Toulouse avec le concours du consortium Cell for Cure. Elle est développée par l’EFS de Nantes et bientôt à l’EFS Toulouse Oncopole. L’étude MESAD est destinée aux patients devant recevoir une assistance cardiaque. Lors de la pose d’une assistance ventriculaire gauche (turbine), une greffe de cellules de la moelle osseuse est réalisée pour que les patients récupèrent de la fonction cardiaque et puissent continuer à vivre sans cette assistance.


Le chiffre : 73 %

Amélioration >Fonction cardiaque. Lors de la phase pilote (2002-2007) de l’étude «Excellent», une amélioration de la fonction cardiaque a été observée dès le 3e mois chez les patients ayant reçus une injection de cellules souches sanguines dans le cœur. Quatre ans plus tard, chez certains, l fraction d’éjection était améliorée de 73 %.

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Emmanuelle Rey – La Dépêche

28 janvier 2017